Premier Garba
Premier Garba

Parlons bien, parlons nourriture

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Je vous parle aujourd’hui de l’or blanc de Côte d’Ivoire. Il n’est pas question de métaux précieux, mais d’éclats du cœur. De sentiments, de ce qui est important. Aujourd’hui, je vous parle de nourriture.
Je vous emmène avec moi dans le pays du coupé-décalé et des champions d’Afrique, et je vous sers avec éloquence des paumées d’Attiéké à consommer avec émotion.

L’attiéké, c’est quoi ?
C’est un aliment à base de manioc, traditionnellement produit par les femmes des ethnies Adjoukrou1, Ébrié2 et Avikam3. C’est l’aliment de base en Côte d’Ivoire. Celui qu’on invite à toutes les tables, celui qui accompagne les grillades mais aussi les sauces.

L’attiéké, c’est fabriqué comment ?  
La fabrication est faite à partir de semoule de manioc fermentée et cuite à la vapeur. Elle peut prendre plusieurs jours, mais elle aboutit grâce au savoir-faire des femmes productrices, essentiel pour obtenir une texture et un goût spécifiques.

L’attiéké, ça vient d’où ?
L’attiéké vient du sud de la Côte d’Ivoire. Il s’est ensuite étendu à d’autres pays d’Afrique de l’Ouest comme le Burkina Faso, le Togo ou le Mali. À partir des années 2000, il a décidé de conquérir le reste de l’Afrique et le monde entier, grâce à l’aide de la diaspora ivoirienne. Celle-ci continue encore aujourd’hui à l’imposer comme l’accompagnement ultime de tout plat qui se respecte.

Un produit national, un produit mondial
L’attiéké est apprécié, et pas uniquement par la diaspora. À l’intérieur des frontières ivoiriennes, il fait également beaucoup de bruit. En 2024, il obtient sa labellisation. À l’heure où vous lisez cet article, si l’on vous parle d’attiéké, c’est qu’on vous parle d’un produit ivoirien, fabriqué sur le sol ivoirien. Il est exporté sous forme déshydratée pour en faciliter la conservation mais retrouve sa texture avec un peu d’eau et de vapeur.


Je rajouterai également — à travers mon histoire avec l’attiéké et la Côte d’Ivoire — qu’il est souvent vendu sous forme de boules, et qu’on le « paume » pour mieux le manger (mais ça, aucun label ne l’a encore reconnu).

Je ne peux pas vous parler d’Attiéké sans vous parler de Garba

Il existe plusieurs types d’attiéké,  différenciés principalement par la taille des grains. Le plus célèbre (discutable, je vous l’accorde) est celui utilisé pour la préparation du Garba : le plat national, en termes de consommation quotidienne.

Un fast-food, certes.
Mais est-ce que c’est pas doux4 ?

Attiéké, thon frit, condiments, huile, cube Maggi, et mayonnaise pour les plus chanceux… On mange !5
Le Garba, pour bien se déguster, se mange avec les mains. C’est ainsi qu’on savoure tous les goûts et toutes les textures. Il n’a pas de codes. Il se mange aussi bien seul qu’à quatre, au petit-déjeuner comme au dîner, à emporter chez soi ou accompagné d’une Drogba6 au garbadrome7.

Alors, qu’est-ce que vous attendez pour vous laver les mains et venir paumer ? ON MANGE, on a dit !

Qui a mangé le premier Garba ?
Aucune idée, mais c’est une question qui mérite d’être posée et étudiée !
Certains racontent que le Garba serait apparu grâce à la communauté nigérienne en 1980… Difficile à croire quand on sait qu’en 1980, il n’y avait ni thon (pas d’accès à la mer), ni manioc au Niger.

D’autres disent qu’il est né d’une politique de valorisation du thon, initiée par le ministre Dicoh Garba8. Au lieu de jeter les déchets de thon, il aurait décidé de les offrir aux commerçants. Nommer le thon le “poisson Garba” serait alors une façon, pour ces derniers, de lui témoigner leur reconnaissance.

Le Garba coûte entre 500 XOF et 1000 XOF ( entre 1 et 1,5 euros). On l’achete  au bord des grands axes routiers. Accessible à tous, ce plat était à l’origine destiné à ceux qui n’avaient “rien”, ni le temps, ni les moyens,

Aujourd’hui, il existe des déclinaisons comme le “Garba choco”, bien plus cher, qui se sert désormais sur des tables prestigieuses (restaurants, en hôtels, avion  etc).

Garba Choco !

Plus qu’un plat…

L’Attiéké et le Garba sont des exemples parfaits de ce que peut produire la valorisation culturelle : l’élévation populaire d’un symbole. Une population qui s’unit autour d’un sujet simple, mais essentiel.

Ce n’est que de l’attiéké, oui. Mais ça permet encore une fois de raconter à quel point l’histoire ivoirienne est belle et mérite d’être vécue. Des plats nés dans la rue, devenus emblèmes culturels. Ils racontent l’histoire de la Côte d’Ivoire, autant que celle de la résilience.

Je vous ai dit, au début de cet article, que je vous parlais de nourriture. Je vous ai menti. Aujourd’hui, je vous parle d’héritage. Il n’est plus question d’un plat, mais d’une déclaration d’identité.

ON MANGE !

  1. Le peuple Adjoukrou, également connu sous le nom d’Adyukru, Adioukrou, Adyoukrou, Ajukru et Bubari, est un groupe ethnique et une tribu de la Côte d’Ivoire indigènes de la région de Dabou de la région des Grands-Ponts du district des Lagunes du pays.
    ↩︎
  2. Les Tchaman ou Ébrié sont un peuple Akan vivant dans la région d’Abidjan en Côte d’Ivoire. À l’origine appelé « Tchaman/Kyama/Gyama » ou « Achan », le nom Ébrié leur a été donné par le peuple voisin Abouré. Dans la langue Abouré, Ébrié signifie « mauvais » et leur a été donné après une défaite militaire.
    ↩︎
  3. Les Avikam sont un peuple Akan qui vit principalement en Côte d’Ivoire.
    ↩︎
  4. Expression ivoirienne pour dire que quelque chose est bon, à du gout
    ↩︎
  5. En Côte d’Ivoire, on ne souhaite pas bon appetit. Celui qui s’apprête à manger, invite les autres en disant  » on mange » ou « je t’invite »
    ↩︎
  6. La drogba est la version d’un Litre de la bière populaire : La Bock.
    ↩︎
  7. Un endroit/ établissement qui vend du garba
    ↩︎
  8. Ministre de la production animale soux Félix Houphouet Boigny
    ↩︎

Mazarine Douzima

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Un commentaire

  1. Frédérique dit :

    Je file acheter de l’Attiéké et sa garniture, je me lave les mains et je MANGE !
    Merci !

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