Le « Retour au Péyi » vu à travers les yeux d’Emeline
Il y’a presque 8 ans de ça, en août 2016, je quittais mon île, la Guadeloupe, et m’envolais pour Paris suite à l’obtention de mon bac pour mes études supérieures. Pour être honnête, je ne me souviens pas avoir été particulièrement affectée par ce départ à ce moment, peut être parce qu’à la différence des autres étudiants ultramarins je n’étais pas seule dans l’aventure. J’avais cette chance incroyable d’être accompagnée par ma mère qui à presque 50 ans décidai de poursuivre également ses études à mes côtés pour devenir infirmière et aussi par mon copain qui venait comme moi pour les études.
Bref, c’était une nouvelle vie, une nouvelle expérience. J’étais pleine de peurs et de questions mais c’était un renouveau positif. 8 années après, je ne suis toujours pas rentrée chez moi. « Chez moi », c’est un mot fort. Non pas parce que je ne me sens pas « chez moi » en France Hexagonale, mais parce que je sais qu’une partie de mon cœur est ailleurs, et que ça ne changera jamais. D’ailleurs, même après 8 ans, chaque fois que j’y retourne et que l’avion survole l’île avant d’atterrir, je me sens traversée par une émotion indescriptible, comme quand vous n’avez pas vu une personne depuis très longtemps et que vous la serrez fort dans vos bras. Un frisson, les larmes aux yeux, une chaleur au cœur et au ventre. C’est la même sensation qui me gagne en voyant la Guadeloupe par le hublot de l’avion et sur l’écran devant moi, comme si elle me disait « enfin, te revoilà ! ». Cette chaleur qui m’accueille, elle est unique, indescriptible et me manque de plus en plus, d’année en année. C’est comme si je me rendais compte seulement sur le tarmac de l’aéroport, que durant tout ce temps à Paris, il m’avait manqué quelque chose et que je n’en avais même pas pris conscience. Ce sont mes racines et je ressens cet attachement physique à chaque fois avec autant de force et de vigueur.
Alors à chaque fois que j’y retourne, je suis de nouveau habitée par ce projet de rentrer. « Rentrer au péyi » comme on dit chez nous. Ça me parait être une option si évidente quand j’y suis. C’est un choix que devront faire presque tous les jeunes antillais venus en France Hexagonale pour les études. Il y’a ceux pour qui c’est une évidence de rentrer, d’autres qui pensent que La Guadeloupe, aussi merveilleuse soit elle, ne pourra pas leur offrir l’épanouissement professionnel qu’ils recherchent. Et puis il y a ceux comme moi qui sont entre deux eaux. C’est un choix qui parait simple mais qui pourtant est cornélien. Pourquoi c’est si difficile de trancher ? Pourquoi c’est si difficile alors que j’ai vécu presque toute ma vie sur cette île ? Ça paraît fou quand on y pense. Cette question est au cœur de nombreuses conversations avec mes amis et ma famille. C’est vrai que me concernant, les opportunités professionnelles, ne seraient pas un frein à mon retour à mon avis. Et puis l’envie de participer au développement de mon île, c’est quelque chose qui m’anime.
Donc qu’est-ce qui me retiens ici ? Jusque là, je n’ai pas trouvé la VRAIE réponse à la question. C’est pour moi très complexe de mettre des mots sur mes ressentis.
Peut-être la peur de m’ancrer et de manquer de liberté sur cette si petite île qui a pourtant tant à offrir. Peut être la peur de me confronter à la mentalité d’une partie des Guadeloupéens. Peut être la peur du manque d’argent, car tout le monde le sait, financièrement la vie sur les îles, le porte feuille doit y être préparé ! Peut être aussi la peur de l’instabilité qui affecte le quotidien des antillais (coupures d’eau fréquentes, administration en berne, etc). Beaucoup de raisons. En cherchant bien au fond de moi, je sais qu’au delà de toutes ces raisons, mon lien à la Guadeloupe sera finalement plus fort. J’y suis accrochée à ma Guadeloupe et finalement où sur cette terre la vie est parfaite ?
Alors j’ai décidé de ne pas me saboter, de ne pas me brider, de me laisser porter par mes expériences qui peut-être m’amèneront plus vite en Guadeloupe que je ne le pense ou au moins au moment opportun ? Et pourquoi pas aussi garder un pied à terre à Paris ? Tout n’a pas à être forcément tout blanc ou tout noir, pas vrai ? Et ça, j’ai trop souvent tendance à l’oublier. Je me suis construite à travers ma vie en Guadeloupe mais aussi à travers ma vie à Paris. Les deux font partie de moi. Pourquoi le choix de rester ou de partir, d’être ici ou là-bas devrait me donner la sensation d’abandonner une partie de moi ? Ça n’a pas à être une pression supplémentaire, ni venant de moi ni de personne d’autre. Peut être que je dois donc apprendre à changer cette façon de penser et être dans une dynamique plus souple. Dans tous les cas, cette aventure en France Hexagonale m’a apprise bien une chose que je n’avais pas encore saisi assise dans cet avion il y a 8 ans : mes racines, mes origines, ma culture sont des choses dont jamais je ne pourrai me défaire, où que je sois. Vivre le moment présent et revenir aussi souvent que possible sur mon île, me créer des opportunités professionnelles pour faire la balance entre Paris et Guadeloupe, c’est un bon compromis que je veux pour le moment explorer. Alors, « le retour au Péyi » ? A mon sens c’est « chacun son rythme » donc affaire à suivre…
Emeline











Merci pour ce partage, le retour au pays est un réel débat récurrent. Comme si bien dit, la vie est imparfaite dans n’importe quel endroit sur terre et aussi on s’habitue à quelques conforts en occident (électricité, eau, réglementations etc..) qui finalement nous retourne le cerveau, mais ce qui est sur, essayer d’être entre les 2 est un bon compromis car on ne peut pas régler tous les problèmes de nos racines.