L’île du Grand Colombier
Logé au nord de l’île de Saint-Pierre à quelques encablures, l’îlot du « Grand colombier » est un rocher de 142 hectares, culminant à 150 mètres en forme de tortue qui abrite en son sein de nombreuses populations d’oiseaux marins.
L’hiver, sur ce rocher isolé d’apparence inhospitalier, seules quelques espèces de goélands et le Pygargue à tête blanche sont présents. Lorsque arrive avril, la vie renaît sur l’îlot. Elle débute par la venue des alcidés, une famille d’oiseaux typiquement marin qui ne viennent à terre uniquement pour nicher. Cette famille d’oiseaux se compose principalement du Guillemot de Troil, du Pingouin Torda et de l’emblématique Macareux Moine dont la population estimée à plus de 10000 couples nicheurs, dépasse largement l’ensemble des colonies hexagonales.


Puis arrive un oiseau discret appelé l’Océanite cul blanc, mais pas des moindre en termes de quantité car sa population atteint plus de 360 000 couples nicheurs, ce qui fait de cette île, la 3éme colonie, la plus importante de l’océan atlantique. Cet oiseau niche en terrier, il creuse des trous dans la tourbe à l’aide de son bec pour y déposer un seul œuf. Son nid situé au fond du terrier est sommairement aménagé de brindilles, d’herbe sèche et de feuilles de fougères. Ces fougères qui peuplent en partie les pentes escarpés de l’île.
Aux mois de mai et de juin, c’est l’effervescence autour du Grand colombier, ce monde aviaire constitué de plus de 10 espèces nicheuses s’agite entre l’océan et l’île. Chaque jour, des balais incessants d’oiseaux se croisent, les uns pour partir en mer à la recherche de nourriture et les autres pour couver.
Début juillet, vient la période d’éclosion où les poussins d’alcidés appellent les parents d’un cri qui nous semble le même mais qui est unique à chaque individu. Grace à ce chant, les parents retrouvent leur petit parmi la colonie représentant plusieurs milliers d’alcidés. Plus de 7400 couples de guillemot de Troïl en 2015.

Les parcours en mer pour nourrir les poussins avant la période d’envol ont été étudiés grâce à la pose de GPS embarqués sur les Guillemots de Troil, les Pingouins Torda et les Macareux moine. Nous avons pu, avec ces GPS, mieux connaître les parcours en mer, leur durée, les secteurs où se concentrent les oiseaux qui correspond aux zones de concentration du poissons. On sait par exemple que le Macareux Moine, peut parcourir jusqu’à 50 km en mer pour s’alimenter et nourrir son petit durant la période d’élevage. Il est important à cette époque de l’année que la nourriture soit située proche des zones de reproduction car, elle permet d’assurer une bonne survie des jeunes.

A la fin de la saison de reproduction, début septembre, c’est environ 1 million d’oiseaux qui quittent l’île pour descendre vers le sud où ils trouveront nourriture et passeront l’hiver.
L’Océanite cul blanc, ce petit oiseau de 60 grammes, parcours des milliers de kilomètres en mer, il se nourrit surtout dans le sud sur les « grands bancs » de Terre-Neuve, des lieux de pêche bien connus des marins qui au cours du siècle 1900 ont fait fortune grâce à l’exploitation de la morue. Ces lieux, sont anormalement chargés en métaux lourds et notamment en mercure pouvant affecter l’écosystème marin et les populations d’oiseaux. Même si le mercure est présent naturellement dans l’environnement, les émissions anthropiques de mercure ont fortement augmenté au cours du 20éme siècle dans la région de Terre-Neuve et sa présence serait due essentiellement aux rejets atmosphériques des usines nord américaines. Dans l’hémisphère nord, les courants aériens convergent vers le pôle nord et concentrent dans les zones arctiques et subarctiques les polluants émis par les usines.

Les prélèvements de sang réalisés sur les oiseaux marins du Grand colombier et notamment des Océanites cul blanc au cours de l’étude menée par les scientifiques du Centre National de Recherche Scientifique de Chizé et de l’Office Français de la Biodiversité en 2016, ont démontré que l’Océanite avait des taux significativement élevés de mercure dans le sang qui pouvaient provoquer des troubles au niveau neuronale et de la reproduction. Les colonies d’Océanite cul blanc de la région de l’atlantique nord ouest sont quasi tous en déclin. Il devient important de mieux en connaître les origines.
L’île du Grand colombier de part la diversité des espèces d’oiseaux que l’on y trouve et sa quantité, est considéré comme un haut spot de biodiversité qui doit essentiellement sa préservation à la faible pression humaine et sa difficulté d’accès. Mais cet îlot, reste tout de même fragile car une simple augmentation de la fréquentation humaine au moment de la période de reproduction pourrait mettre à mal la reproduction des colonies qui sont très facile d’accès. Sans mettre sous cloche l’île et l’interdire totalement, une protection partielle durant la période de reproduction pourrait permettre de garder l’intégrité de la préservation des oiseaux.

Bruno Letournel

J’adore super bien 🤩
Très intéressant et instructif
Les oceanites cul blanc sont-ils les seuls oiseaux du Grand Colombier touchés par le mercure ?
L’étude portée sur les Acides, les Mouettes tridactyles et l’Oceanite également.
Pour les Alcides au niveau du sang les taux étaient normaux légèrement au dessus, je crois.
Il faut savoir que le sang te donne le mercure présent à l’instant T car il finit par migrer dans le squelette et les plumes. Sachant cela ainsi que les lieux de pêche pour les Alcides étaient relativement circonscrit à quelques kilomètres autour de l’île. Nous en avons déduit que l’environnement marin immédiat autour de Spm n’était pas trop impacté par le mercure.
Les Océanites, ce que je n’ai peut être pas dit dans l’article, pour partir se nourrir lors de l’incubation partent à environ 300 km au sud sur les grands bancs de TN qui visiblement présentent des zones chargées en mercure.
Les photos sont magnifiques ! Quelle patience et quelle passion pour ce beau métier que tu as. Merci pour ce reportage. En te lisant je me suis envolée sur cette île en me remémorant tous ces chants d’oiseaux et la magnificence de ces oiseaux.